Je vous présente Amak Juni

Posted September 28

Jour: 18

Distance parcourue: 2,134 km (1,326 miles)

Sujets trouvés: 6

Quand nous avons amorcé ce voyage il y a deux semaines, Moreno et moi mettions le pied dans l’inconnu. Nous ne savions pas qui nous trouverions, ou ce qu’ils auront à nous dire. Nous espérions seulement que nos histoires et les leurs seraient assez intéressantes pour attirer l’attention sur notre cause. 

Vous vous êtes peut-être demandé quel pouvait être le lien entre le trafic d’êtres humains et une série de photos prises il y a cinq ans. Et bien il est ici, avec notre sixième sujet, qui est tout juste de retour chez lui, après avoir passé trois ans en Malaisie contre son gré.

Parce qu’il travaillait illégalement à l’étranger et que je n’avais pas sa permission d’utiliser son vrai nom, j’ai utilisé un pseudonyme pour le désigner, Nuryadi. Il a désormais demandé que je l’appelle simplement Amak Juni, ou 'le père de Juni'. 


Le jour avant notre rencontre avec Amak Juni, nous avons parlé avec des représentants de Perkumpalan Panca Karsa (PPK), un OGN qui se penche sur le développement des femmes, le trafic humain et les abus infantiles ici à Lombok depuis le dernier quart de siècle. 

Lombok sert de source, de lieu de transition et de destination pour l’industrie du trafic humain. PPK traite des centaines de cas chaque année, et ils ne sont que la pointe de l’iceberg. La pauvreté est le problème, et l’éducation en est la solution.  

Comme c’est une destination touristique importante, plusieurs femmes de Java sont attirées ici par la promesse d’un emploi payant dans les hotels et les restaurants, avant d’y être contraintes à se prostituer. De même, des gens locaux à qui on promet un emploi à l’étranger particulièrement en Malaisie ou au Moyen Orient – ont souvent leurs documents saisis, et se retrouvent à travailler dans d’horribles conditions.


Et c’est précisément ce qui est arrivé à Amak Juni. Après être arrivé en toute légalité à Kuala Lumpur, on lui a pris son passeport, et il a été envoyé dans un camp de travail aux abords de Johor Bahru, près de Singapour. On l’a forcé à récolter l’huile de palme pendant neuf heures par jours, tous les jours de la semaine, pendant trois ans, en recevant comme salaire mensuel 700 000 rupiah – environ 61$ US. 

La situation aurait pu s’étirer indéfiniment s’il n’avait par risqué la traverse illégale des détroits entre la Malaisie et l’Indonésie. Il lui a fallu une semaine pour retourner dans son village, et lui a coûté tout ce qu’il avait gagné. 

Amak Juni était allé en Malaisie pour gagner l’argent nécessaire à l’éducation de sa fille Junita. N’ayant lui-même jamais été à l’école, les opportunités que lui offrait son village était bien maigres, et ce sont ces mêmes options que sa femme Salni envisageait pendant son absence. 


Salni a travaillé comme main-d’oeuvre, recevant 20 000 rupiah – environ 1.75$ US – pour chaque jour de onze heures passé à transporter de la terre et des roches dans un panier porté sur sa tête. Les trois quarts de cet argent sont utilisés immédiatement pour acheter de la nourriture, pour se garder en vie avec sa fille.  

Il s’agissait exactement du futur qu’ils voulaient tous deux éviter pour Junita. N’étant pas prêt à laisser sa famille une seconde fois, Amak Juni essaiera encore de travailler comme porteur sur le Mont Rinjani. Salni continuera de transporter des roches et, sans argent pour s’éduquer, l’histoire de Juni ne sera pas différente. 

L’histoire aurait pu se terminer ainsi, précisément là où elle avait commencé. Ce qui a suivi, cependant, était plus merveilleux que ce qu’on pourait décrire. Après avoir lu mon entrée à propos de Salni et Junita, et sans connaître les détails sur l’expérience d’Amak Juni en Malaisie, une bonne amie à moi du Canada a offert d’aider à supporter l’éducation de Juni.  


Peu de choses peuvent vous faire frissonner autant sous le soleil tropical d’Indonésie. Entendre l’histoire de la famille d’Amak Juni qui se démène pour si peu, les voir fixer, désespérément, le fond du sombre baril d’un futur qu’ils ne pourront plus éviter, et puis leur annoncer que leur petite fille peut continuer de rêver. C’est quelque chose qui m’a profondément affecté.

La famille d’Amak Juni a emprunté la motocyclette d’une autre famille du village et est allée en ville avec nous. Pour 411 000 rupiah - seulement 36$ US – nous avons acheté pour Junita deux chandails, deux jupes, un chapeau, un foulard, une ceinture, une paire de souliers, deux paires de bas, un sac d’école, des livres d’exercices, des stylos, des crayons de plomb et des crayons de cire. Elle commence l’école lundi. 

Nous avons établi un moyen de communiquer avec la famille d’Amak Juni et de lui envoyer du support via PPK. Mon amie canadienne, qui désire conserver l’anonymat, fera tout en son pouvoir pour que Junita termine son éducation.


J’aimerais remercier cette amie, pour donner de l’espoir à cette belle famille qui s’est tellement battu pour le garder. J’aimerais remercier Amak juni pour avoir ouvert une fenêtre sur la vaste et terrible industrie du trafic humain. J’aimerais aussi remercier mon bon ami Habibi, qui nous a été d’une immense aide pendant notre séjour à Lombok.

Pour nous, ce n’est qu’un début; il existe encore tellement d’inconnu sur notre chemin à travers l’Asie. Venez avec nous, alors que nous nous y enfonçons. Et, s’il-vous-plaît, partager ceci avec vos amis, et faites-leur savoir ce que nous faisons!

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